Chronique rédigée en 2013 à l'intention de Nanarland.com ; non retenue pour une publication sur ce site :/

Zombies of the Stratosphere

- Réalisateur : Fred C. Brannon
- Année : 1952
- Pays : Etats-Unis
- Genre : Au mépris du ridicule, reculer vers l'impossible
- Durée : 2h47 en 12 chapitres
- Acteurs principaux : Judd Holdren (Larry Martin), Aline Towne (Sue Davis), Wilson Wood (Bob Wilson), Lane Bradford (Marex), Leonard Nimoy (Narab)

En ce début des années 50, décennie qui allait s'avérer particulièrement prolifique en matière de films de science-fiction, le serial est à l'agonie. Ce genre cinématographique que l'on peut considérer comme l'ancêtre de nos séries TV subit alors justement la concurrence de la télévision qui envahit rapidement les foyers américains. La plupart des studios comme Universal ont d'ailleurs déjà stoppé la production de serials, mais la Republic Pictures veut encore y croire et continue à exploiter ce filon quasiment tari.

Zombies of the Stratosphere n'est donc pas franchement né sous une bonne étoile. Son réalisateur Fred C. Brannon est arrivé à la Republic sur le tard en 1945, alors que l'âge d'or des serials était déjà sur sa fin. Il devient ainsi le fossoyeur du genre, un « serial serialer » qui va réaliser une bonne quarantaine de films dont 25 rien qu'entre 1949 et 1952.



Malgré un accueil assez désastreux aussi bien côté critiques que public, Zombies of the Stratosphere a connu une improbable deuxième vie en 1958 via un remontage de 70 minutes intitulé Satan's Satellites. Et même une troisième vie dans les années 90 en étant un des deux seuls serials de la Republic à bénéficier d'une colorisation en vue d'une diffusion télévisée. En France il faudra attendre 2011 pour le découvrir via une édition DVD chez Bach Films (plus d'informations sur la « Collection Serial » de Bach Films ici).

Le film met en scène Larry Martin, un « rocket man » qui va devoir affronter trois méchants Martiens venus comme il se doit sur Terre pour anéantir l'humanité. Pourquoi ? Comment ? Vous le découvrirez dans le prochain épisode !

Bien qu'il change régulièrement d'identité et d'interprète, le personnage du rocket man est alors bien connu des petits américains car il s'agit déjà de sa troisième aventure après King of the Rocket Men (1949) et Radar Men from the Moon (1952). D'ailleurs pour des raisons budgétaires (Zombies of the Stratosphere est un des serials les plus fauchés de la Republic Pictures), l'essentiel des plans où l'on voit le rocket man en vol sont issus de King of the Rocket Men. A noter que si ça ne se devine forcement pas sur les images ci-dessous, ces plans montrant le rocket man en plein vol sont particulièrement réussis, grâce à l'expérience acquise par la Republic Picture sur des effets spéciaux similaires dans de précédents serials comme Darkest Africa ou Adventures of Captain Marvel.


- Je suis le rocket man !


- Je vole dans le ciel et j'ai un super pupitre de commande fixé sur ma poitrine.


- Je peux aller en haut, en bas, vite, pas vite ; la classe quoi ! Une fois j'ai voulu voir ce que ça faisait de tourner l'autre bouton sur off en plein vol. Ensuite à l'hôpital je me suis dit qu'en fait fallait mieux pas toucher à ce bouton.


- Mais ça ne m'empêche pas des fois de continuer à me vautrer.


- J'aime garder mon beau costume même quand je fais la sieste.

Malgré il faut bien l'avouer pas mal de longueurs ainsi qu'une accumulation de péripéties pas toujours passionnantes et souvent répétitives, Zombies of the Stratosphere ne manque pas d'arguments sympathiques, parmi lesquels :
- un titre clinquant et improbable (il n'y a pas plus de zombies dans ce film que dans Bambi Meets Godzilla)
- un scénario particulièrement azimuté
- un budget digne d'une production de Roger Corman
- des gizmos savoureux (l'équipement du rocket man, les costumes et gadgets des Martiens, un robot... mémorable !)
- et la présence au casting d'un certain Leonard « Spock » Nimoy, dont la carrière allait passer au warp facteur 4 une quinzaine d'années plus tard. Il joue ici le rôle de Narab, un des trois Martiens.


Leonard Nimoy : davantage que son visage, c'est encore son nom que l'on voit le plus dans le film.


Un manutentionnaire martien interprété par un immigré clandestin vulcain, la dèche...


En 1952 le petit Leonard n'assumait pas encore très bien ses oreilles et préférait les dissimuler sous une cagoule ridicule.

Il fait un peu frisquet sur Mars vu qu'elle est plus éloignée du Soleil que la Terre. On pourrait donc logiquement penser que nos trois Martiens encagoulés sont venus sur la planète bleue pour profiter du climat et siroter des malibus sur une plage californienne. Mais non, ils ont trouvés mieux : avec l'aide de leurs complices terriens, ils vont fabriquer et faire exploser une bombe H dans une grotte aux États-Unis pour éjecter la Terre de son orbite et mettre Mars à sa place.


- Nous allons fabriquer et faire exploser une bombe H dans une grotte aux États-Unis pour éjecter la Terre de son orbite et mettre Mars à sa place.

Si si, ils vont fabriquer et faire exploser une bombe H dans une grotte aux États-Unis pour éjecter la Terre de son orbite et mettre Mars à sa place. En cette période de vache maigre, les scénaristes privés de budget cocaïne en sont donc réduits à se défoncer à la colle. C'est la triste réalité du monde du serial en ce début des années 50. Retenez le nom de ce scénariste martyr : Ronald Davidson, et recueillez-vous chaque soir en sa mémoire !


- Bonjour, je suis Sue, l'argument charme du film. A vrai dire je ne sers pas à grand chose dans l'histoire. D'ailleurs en l'occurrence j'apprécierais si quelqu'un d'utile pouvait venir me détacher avant que je passe à la flotte avec une grosse ancre attachée aux poignets.

Dans le petit monde des serials, les femmes sont pourtant loin d'être systématiquement cantonnées à des rôles de potiches comme c'est le cas ici. Certains films leurs donnent même le premier rôle comme Jungle Girl (1941), Tiger Woman (1944) ou encore Zorro's Black Whip (1944) dans lequel c'est la belle Linda Stirling qui se cache sous le masque du justicier.


Un vaisseau martien


Un vaisseau terrien


Un intérieur de vaisseau martien


Un intérieur de vaisseau terrien ; halte à l'espionnage industriel interplanétaire !


« Après avoir déjoué les plans machiavéliques de Marex en atterrissant sur un camion, en poursuivant un train dans un tank, en poursuivant un bateau dans un bateau, en ré-atterrissant dans un autre camion, puis encore un autre, puis à nouveau un bateau, en échappant à l'attaque du laboratoire, au traquenard de la mine, à la grotte inondée, au désintégrateur de la fusée martienne, au rayon de la mort, à un sous-marin, puis en sauvant l'argument charme de la noyade, puis en re-ré-atterrissant dans encore un autre camion, en détruisant un avion, puis un sous-marin, un camion, toujours en castagnant pas mal les sbires au passage, surtout dans la grotte secrète qu'il a découverte dès le début de l'histoire mais que les méchants continuent quand même à utiliser, Larry se demande s'il survivra encore une fois au prochain piège mortel de l'abominable Marex. »

Comme le laisse entendre cette énumération à peine (voire pas du tout) exagérée, le film enchaine et multiplie rebondissements et bagarres de chiffonniers, les héros passant le plus clair de leur temps à contrarier les tentatives martiennes de se procurer les éléments nécessaires à la fabrication de la bombe (uranium, détonateur, etc.). Fidèle à la tradition des serials, chaque fin d'épisode laisse le spectateur sur un cliffhanger supposé haletant. Supposé seulement. Ici, la plupart du temps le héros se retrouve inconscient dans un véhicule qui va droit au désastre (un train lancé à pleine vapeur sur une voie sans issue, un hors-bord qui file vers une chute d'eau, un camion dévalant une route de montagne, un wagonnet de mine fonçant vers un gouffre, etc.). L'épisode se finit alors sur l'image du véhicule précipité dans le vide et s'écrasant en contrebas, si possible en explosant dès que ça peut se justifier.

Le cliffhanger où le héros se retrouve en danger de mort immédiat est un incontournable du serial. Pendant l'âge d'or du genre, la pirouette qui permettait finalement au héros de s'en sortir, et que l'on découvrait avec exaltation au début de l'épisode suivant, était le plus souvent inventive et spectaculaire. Malheureusement depuis le milieu des années 40 les scénaristes ont lâché l'affaire. C'est particulièrement flagrant dans Zombies of the Stratosphere, où à chaque début de nouvel épisode on nous repasse la même scène fatidique qu'en fin d'épisode précédent (le véhicule fonçant vers le désastre), mais cette fois en y insérant un plan supplémentaire montrant le héros reprendre conscience au dernier moment et sauter du véhicule avant qu'il ne s'écrase. A moins d'être vraiment fan de mauvaise running joke, sur cet aspect le film a tout du navet. Mais rassurez-vous : le principal argument nanardesque arrive !


Et justement Marex dispose d'un atout technologique décisif...


... la boite de conserve télécommandée !


- Non, tu ne repartiras pas avec mon magnifique sac à main dernière tendance !


- Hum, j'ai comme la désagréable impression d'être suivi par un poêle à charbon anthropomorphe...


- Vil dispositif mécatronique, retourne rendre son sac à main à mon ami le policier !


- Bon OK tu peux le garder si tu insistes.


- Ça a l'air intéressant... je suis une potiche qui ne sert à rien, mais là pour une fois j'aimerais bien être autorisée à participer !

À noter que ce terrifiant monstre mécanique n'est pas un jeune premier. Avant Zombies of the Stratosphere il avait déjà tourné dans de précédents serials de la Republic : Undersea Kingdom (1936) et Mysterious Doctor Satan (1940) dont la séquence du cambriolage de la banque est directement reprise.


« Bob, le sidekick de Larry, garde un souvenir ému de sa rencontre si particulière avec le robot. »


« Roth et Shane, les hommes de main de Marex, commencent à en avoir marre de se faire dérouiller à longueur d'épisode par Larry et Bob. »


« Après que Larry ait déjoué ses plans machiavéliques en atterrissant sur un camion, en poursuivant un train dans un tank, en poursuivant un bateau dans un bateau, en ré-atterrissant dans un autre camion, puis encore un autre, puis à nouveau un bateau, en échappant à l'attaque du laboratoire, au traquenard de la mine, à la grotte inondée, au désintégrateur de la fusée martienne, au rayon de la mort, à un sous-marin, puis en sauvant l'argument charme de la noyade, puis en re-ré-atterrissant dans encore un autre camion, en détruisant un avion, puis un sous-marin, un camion, toujours en castagnant pas mal ses sbires au passage, surtout dans sa grotte secrète que Larry a découverte dès le début de l'histoire mais qu'il continue quand même à utiliser, et malgré le ratatinage de son robot invincible, Marex ne doute pas un instant de la réussite de sa démoniaque entreprise. »


- Cher Marex, maintenant que la bombe est terminée, je commence à me demander si j'ai bien fait de vous aider à la fabriquer depuis le début du film. C'est quand même pas très gentil de tuer tous les Terriens. D'autant plus d'ailleurs que je suis un Terrien moi aussi... On ferait pas mieux de tout arrêter ?


- Hum, tu es malin, beaucoup trop pour un Terrien.


- Fichtre, je meurs ! Moi qui avait encore tant d'odieux méfaits à accomplir !


- Pitié rocket man, j'ai encore tant de nouveaux mondes étranges à explorer. De toute façon tu n'as pas le droit de me tuer : « Killing a Narab » c'est déposé par The Cure.


L'arme ultime des Martiens : la flatulence thermonucléaire

Quel effroyable suspens... heureusement tout est bien qui finit bien pour le « Republic Robot » qui coule désormais des jours paisibles en agréable compagnie !
http://www.kayshapero.net/lacon%20iv%20pics%201.htm

- Bonjour, je suis Jessica, l'argument charme de cet étalage de tas de boulons. Et je me demande vraiment ce que je fous là.

<< retour